Kinshasa a servi de point de ralliement ce mardi 25 novembre 2025 pour un dossier très concret : brancher officiellement SONAL SA sur le Switch Monétique National et verrouiller, par la même occasion, les flux financiers liés aux jeux de loterie. Autour de la table, le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso, a réuni la Primature, le Ministère de l’Économie Numérique, la CENAREF, le Conseil National de Sécurité et plusieurs partenaires techniques. Pas pour une réunion protocolaire de plus, mais pour vérifier, point par point, où en sont les engagements prévus dans la convention-cadre entre la BCC et la Société Nationale des Loteries.
Au cœur des échanges, un objectif précis : l’intégration de SONAL SA et des opérateurs agréés au Switch Monétique National (SMN), cette infrastructure qui sert de colonne vertébrale aux paiements électroniques en République démocratique du Congo. L’idée est simple à formuler, plus exigeante à exécuter : faire passer les opérations liées aux loteries et aux jeux de hasard par des canaux électroniques formels, interconnectés et contrôlables, plutôt que de laisser prospérer des circuits opaques, difficilement traçables. Le SMN devient alors le passage obligé entre banques, opérateurs de téléphonie mobile et institutions financières qui gèrent ces flux.
Le Gouverneur André Wameso a rappelé la ligne directrice de la BCC : « La priorité, c’est la traçabilité et la transparence des flux financiers, en s’assurant que l’argent circule dans des circuits conformes aux règles. » Concrètement, le Switch Monétique National permet de relier les plateformes de paiement, de sécuriser les échanges en temps réel et de donner au régulateur une vision consolidée des mouvements de fonds. Pour un secteur comme celui des jeux, longtemps considéré comme une zone à risque, cette interconnexion change le rapport de force : les opérateurs ne peuvent plus se contenter de solutions de paiement isolées ou difficilement auditées.
Dans l’univers des jeux de hasard, la BCC et les autres institutions visent un triple résultat : s’assurer que les mises des parieurs transitent par des canaux électroniques réglementés, garantir que les gains versés passent eux aussi par ces mêmes circuits, et réduire la marge de manœuvre pour la fraude et le blanchiment. Quand les flux passent par des wallets mobiles ou des comptes bancaires intégrés au SMN, chaque transaction laisse une empreinte numérique exploitable par les autorités fiscales et les organes de contrôle. La conformité fiscale y gagne, la gouvernance du secteur aussi.
Les représentants de la Primature, du Ministère de l’Économie Numérique, de la CENAREF et du Conseil National de Sécurité ont validé la feuille de route technique présentée au cours de la réunion. Cette feuille de route fixe un délai de 12 semaines pour rendre opérationnelle l’intégration numérique de SONAL SA et des opérateurs concernés dans le Switch Monétique National. Ce calendrier s’accompagne d’un accompagnement technique permanent, ce qui signifie que les équipes des différents acteurs devront collaborer en continu pour aligner les systèmes, tester les interfaces et sécuriser les échanges.
Cette intégration s’inscrit dans une dynamique plus large : la stratégie nationale d’inclusion financière pilotée par la BCC et le Ministère de l’Économie Numérique. Derrière ce jargon institutionnel, un chantier très concret : généraliser les paiements dématérialisés, renforcer la cybersécurité des transactions et pousser l’usage de solutions digitales dans des secteurs où le cash règne encore. Inclure les loteries et autres services réglementés dans cet écosystème ne relève pas de l’anecdote, c’est un signal adressé à tous les segments d’activité qui manipulent des volumes importants de liquidités.
En branchant SONAL SA sur le SMN, la BCC cherche à resserrer les mailles du filet autour des flux financiers sensibles tout en montrant la voie aux autres opérateurs encore à la marge du système. Le message envoyé au marché est clair : les outils existent pour encadrer les paiements électroniques, il reste aux acteurs de s’y arrimer sérieusement. Pour le secteur financier congolais, cette connexion n’est pas un simple ajustement technique, mais une étape qui renforce la cohérence de l’architecture des paiements et crédibilise la transition vers des services plus numériques, plus surveillés, plus fiables.
Hilaria KOSI.




